France


Facture électronique

La réforme de la facturation électronique est un projet de modernisation fiscale visant à imposer l'usage de factures dématérialisées structurées (comme le format Factur-X) pour toutes les transactions entre entreprises assujetties à la TVA en France (B2B domestique), complété par un dispositif d'« e-reporting » pour les ventes aux particuliers ou à l'international. Les objectifs principaux de l'État sont de lutter plus efficacement contre la fraude à la TVA, de simplifier les obligations administratives via le pré-remplissage futur des déclarations et de réduire les délais de paiement pour améliorer la compétitivité des entreprises. 

Selon le calendrier fixé par la loi de finances pour 2024, la mise en œuvre se fera en deux étapes clés : l'obligation de réception des factures électroniques s'appliquera à toutes les entreprises dès le 1er septembre 2026, date à laquelle les grandes entreprises et ETI devront également commencer à les émettre ; l'obligation d'émission sera ensuite généralisée aux PME et micro-entreprises (TPE) le 1er septembre 2027.

Voici les détails techniques concernant les formats de données et le rôle des plateformes intermédiaires dans l'architecture de la réforme.

1. Les Formats Autorisés (Le Socle Minimal)

Pour qu'une facture soit considérée comme "électronique" au sens de la réforme, elle doit contenir des données structurées lisibles par machine. L'administration fiscale a retenu trois formats sémantiques basés sur la norme européenne EN 16931.

  • Factur-X (Format Hybride) : C'est souvent le format privilégié par les entreprises car il combine lisibilité humaine et traitement automatisé. Il s'agit d'un fichier PDF (norme PDF/A-3) qui embarque un fichier XML contenant les données structurées de la facture. L'utilisateur voit un PDF classique, mais le logiciel comptable lit le XML attaché.
  • UBL (Universal Business Language) : Un format purement XML (syntaxe OASIS), très répandu dans le commerce international et les marchés publics. Il ne contient pas de représentation visuelle (PDF) nativement.
  • CII (Cross Industry Invoice) : Un autre format purement XML (syntaxe UN/CEFACT), également standardisé au niveau international.

Note technique : Si vous utilisez d'autres formats structurés (comme l'EDIFACT) ou des formats propriétaires, ils ne sont pas interdits, mais ils doivent obligatoirement être convertis dans l'un de ces trois formats socles par une plateforme partenaire (PDP) avant d'être transmis à l'administration.

2. Le Rôle des PDP (Plateformes de Dématérialisation Partenaires)

Les PDP sont des prestataires de services privés immatriculés par l'administration fiscale (DGFiP) pour une durée de 3 ans. Elles jouent un rôle pivot, distinct du Portail Public de Facturation (PPF).

Leurs responsabilités clés sont :

  • Intermédiation et Conversion : Elles reçoivent les factures de leurs clients (fournisseurs), vérifient leur conformité technique (champs obligatoires, cohérence des montants) et peuvent convertir un format propriétaire en Factur-X, UBL ou CII.
  • Transmission : Elles envoient la facture électronique directement à la plateforme du destinataire (une autre PDP ou le PPF).
  • Extraction des données (E-reporting) : Elles extraient les données nécessaires au contrôle fiscal (TVA, montants HT/TTC) et les transmettent au Portail Public pour le compte de l'entreprise.
  • Mise à jour des statuts : Elles gèrent le cycle de vie de la facture (déposée, rejetée, encaissée) et transmettent ces statuts à l'administration.

Contrairement à un simple Opérateur de Dématérialisation (OD), une PDP a la capacité légale de transmettre directement les factures à une autre PDP sans passer par le portail public pour le flux de facturation (c'est ce qu'on appelle l'architecture en "Y").